03.08.2005

Préambule: BFF N:o 7 1996

La présentation d'une revue que l'on a vu s'élaborer pendant plus d'une année est une tâche tout à fait agréable. Vu sous l'angle du préambule, l'ensemble des articles contenus dans ce nouveau Bulletin Francophone de Finlande peut faire l'effet d'une image unique et complexe se complétant logiquement à travers une variété certaine de thèmes et de tons. L'idée même d'un numéro consacré au Canada est issue de divers concours de circonstances dans lesquels l'Ambassade du Canada d'Helsinki et des centres québécois ou canadiens ont joué un rôle essentiel. J'y reviendrai dans cette introduction et je laisserai le soin à André Noël Chaker, secrétaire général du CIEPSS à Jyväskylä et excellent connaisseur de la chanson francophone, de présenter les articles qui nous sont parvenus et qui concernent le Canada.

Si les grandes unités traditionnelles du monde francophone ne sont pas toutes représentées (la Suisse en particulier est absente de ce numéro), il est intéressant voire symptomatique de remarquer la place prise par l'Afrique. Poursuivant en cela l'oeuvre entreprise dans notre numéro 6, des auteurs d'origine géographique fort variée nous donnent l'occasion de progresser dans l'introduction à une vision complexe (souvent dialectique) des mondes africains. Le point de vue dépasse celui de la langue (ou des langues) quand il s'agira d'atteindre à une meilleure compréhension d'auteurs comme Amadou Hampate-Bâ (Léopold Battel), Maguy Karamba (Nyunda ya Rubango) et Ahmadou Kourouma (Andrée- Marie Diagne sous l'angle littéraire et Aboubakar Ouattara à travers l'analyse linguistique) ou de présenter la thématique de la femme africaine (Daouda Mar). Le point de vue sera plus directement polémique dans les exemples choisis par Ambroise Kom (pour une réflexion sur l'identité au singulier et les littératures plurielles) et Jean-Philippe Lautenbacher (depuis la perception critique de la francophonie chez Hédi Bouraoui et G.O.Midiohouan). Cette critique souvent présente est clairement énoncée dans le titre du court article de A. Takizala Masoso M. La francophonie : une réflexion inachevée. La thèse d'une acquisition plus ou moins consciente chez les Occidentaux de l'étrange "rêve africain" issu d'une partie de l'oeuvre de Joseph Conrad est à la base de l'article critique de Pierre Halen consacré à un ouvrage incisif mais méconnu de Bernard Piniau.

L'intermédiaire qu'est le traducteur est trop oublié : c'est pourtant lui qui cherche à obtenir à travers la sémantique contrastive du texte la meilleure connaissance du monde intérieur de l'écrivain et qui possède à travers d'éventuels ordres éditoriaux une vue pragmatique de l'oeuvre écrite. Notre ancienne directrice Ulla Jokinen redécouvre ainsi de nouvelles vérités sur Georges Simenon en méditant l'apport sur sa traduction des Mémoires intimes de la lecture de l'ouvrage de Pierre Assouline consacré à l'auteur liégeois.

Restent les articles sur le Canada. Sans référer à leur contenu, qui sera introduit dans le deuxième préambule, je dois tout de suite remercier de nombreuses personnes sans qui ce Bulletin n'aurait pas pu voir le jour sous cette forme. Parmi ces personnes se trouvent les auteurs des articles, des responsables de centres québécois ou d'études canadiennes, d'autres enfin qui ont permis sa réalisation. À l'origine de tout ceci, l'Ambassade canadienne d'Helsinki a accordé son apport financier à ce projet. Je tiens ici à remercier au nom de l'Institut Madame l'Ambassadrice, Messieurs Peter Lönnberg et Léopold Battel ainsi que toute leur équipe pour leur compréhension et leur aide. La quête d'articles s'est ensuite déroulée sur le terrain des centres spécialisés dans la recherche sur le Canada francophone. C'est ainsi que Jean-Marie Klinkenberg (Liège), Lothar Wolf (Augsburg) et Venanzio Amoroso (Gênes) nous ont été de précieux intermédiaires et que Józef Kwaterko, Peter Klaus et Ursula Mathis ont sans cesse encouragé ce projet et ont eux-mêmes proposé leur participation en dépit d'un délai fort court. Tout ce qui précède montre bien l'intérêt porté par la grande famille des "canadistes" européens à une meilleure connaissance d'un monde qui a par ailleurs bien des liens avec la Finlande. Cette Europe comprendra également l'Allemagne (Walburga Sarcher et Beatrice Bagola), la Belgique (Madeleine Frédéric) et la France (Arlette Chemain Degrange).

Le Canada est bien sûr présent. D'une part à Jyväskylä avec André Noël Chaker grâce à qui il a été possible entre autres d'inclure l'article de Bruno Roy. D'autre part, avec la collaboration d'auteurs qui se sont spontanément joints à cette entreprise, comme Manon Brunet, Rainier Grutman, Daniel Chartier et Jean Cléo Godin, et qui ont permis ainsi de compléter notre apport à un panorama du monde culturel francophone au Canada. Nous espérons que ce Bulletin fournira l'occasion à des auteurs d'articles de donner à notre entreprise une suite fructueuse et que nous aurons ainsi l'occasion de poursuivre cet aperçu sur le Canada et le monde francophone dans son ensemble dans nos prochains numéros.

Jean-Yves Malherbe


Ce numéro du Bulletin Francophone de Finlande trace entre autres un historique épisodique de la littérature québécoise. Il propose au lecteur une analyse des influences et courants qui ont forgé, au cours de sa courte histoire, la littérature francophone du Canada.

La lecture de ces textes offrira au lecteur un exposé chronologique de la quête identitaire d'un peuple à travers sa littérature. L'article de Manon Brunet annonce le développement de cette littérature moderne à partir de ce que certains commentateurs du 19ème siècle ont décrit comme la « non existence de la littérature canadienne française ». Les articles suivants démontrent comment l' "inconfort identitaire" du peuple du Canada français à partir de la conquête jusqu'au 19ème siècle s'est transformé en défi identitaire et en la création d'une littérature québécoise moderne.

Józef Kwaterko nous rappelle les débuts difficiles de la montée de la pensée libérale au Québec. L'idéologie du terroir et de l'église est remise en question et une littérature nouvelle voit le jour après une période difficile dans l'histoire du Québec (1887-1932). Suivant Maria Chapdelaine (1912), le roman célèbre du Français Louis Hémon, la littérature du Québec subit une métamorphose qui est fort bien décrite dans le même article.

L'intérêt principal de ce numéro du Bulletin Francophone de Finlande sur le Québec réside dans la diversité des genres littéraires présentés (théâtre, roman, chanson etc..) et dans la description des influences de différents groupes sur la littérature québécoise.

La révolution tranquille est une période de création féconde pour le Québec. Nous trouvons donc trois articles qui traitent de cette époque dans ce Bulletin. Daniel Chartier discute l'oeuvre d'un des géants de la littérature moderne du Québec, Jacques Godbout. L'article analyse la réception de différentes oeuvres de Jacques Godbout et trace ainsi une courbe de l'humeur nationaliste du Québec des années 60-70. Dans la même veine Bruno Roy se penche sur la même époque par le biais de la chanson de contestation du Québec. De la stimulation de l'expression des signes de nationalités jusqu'à leur saturation, l'auteur nous présente la chanson comme un véhicule littéraire important de la période décrite. La littérature de femme est à l'honneur dans l'article d'Arlette Chemain Degrange qui passe en revue quelques oeuvres de la grande Anne Hébert.

Plusieurs auteurs d'article de ce bulletin ont parlé d'une mutation littéraire après le référendum de 1980. Jean Cléo Godin commente un exemple de ce changement d'orientation dans sa discussion du théâtre québécois contemporain.. On constate une nouvelle ouverture aux pratiques et aux oeuvres d'ailleurs dans les pièces de Gilles Maheu et Robert Lepage ainsi qu'un désintérêt général pour la littérature dire engagée.

Rainier Grutman fait une excellente analyse de la "perméabilité littéraire" québécoise dans son article intitulé « Hétérolinguisme et tics britanniques dans la littérature québécoise du XIXe siècle ». Il conclut à juste titre que le recours constant aux modèles étrangers assure à la littérature québécoise une "paradoxale autonomie artistique".

Ce recueil de textes contient aussi des réflexions sur les liens et les discordes entre la France et le Québec (voir « Le Québec et la France : Aspects et problèmes linguistiques de la francophonie » et « Danger Anglicismes: La Défense de la Langue Française en France et au Québec »). Beatrice Bagola discute de manière générale de la lutte commune de la France et du Québec contre l'influence britano-américaine. Les mesures législatives de la France et du Québec y sont présentés de manière succincte de façon à permettre au lecteur de les comparer et de comprendre un peu mieux leur raison d'être. Quant aux discordes entre le Québec et la France, Walburga Sarcher apporte un exemple typique de la lutte d'influence qui existe au sein de la Francophonie : la réforme de l'orthographe.

Madeleine Frédéric présente l'oeuvre de Robert Lalonde et taille ainsi une place aux amérindiens dans ce numéro.

Finalement les articles de Ursula Mathis et Peter Klaus présentent l'avenir du défi identitaire du peuple québécois et de sa littérature en traitant d'universalisation et de la littérature immigrée au Québec. Ces questions d'identité universelle sont au coeur même des discussions très actuelles de tous les Québécois suite au référendum très serré de 1995 portant sur l'avenir politique du Québec.

En tant que co-éditeur de ce numéro du Bulletin Francophone de Finlande sur le Québec j'aimerais remercier Jean-Yves Malherbe pour m'avoir donné l'occasion de contribuer à ce bouquet d'information littéraire portant sur ma terre natale. Je souhaite que les lecteurs Finlandais y trouveront un peu d'eux-mêmes à travers les similitudes indéniables qui existent entre la Finlande et le Québec.

André Noël Chaker
Université de Jyväskylä

Table des matières et Extraits de préambules